La démocratie : faiblesses et richesses

La démocratie va mal, mais elle n’est pas condamnée. C’est l’intuition forte qui a traversé la session provinciale des conseils épiscopaux, les 9 et 10 février derniers à Tressaint. Philosophes, élus et théologiens y ont dressé un constat lucide : la crise actuelle n’est pas un simple essoufflement, mais touche au cœur même de la représentation politique. La distance entre gouvernants et gouvernés, normale dans une démocratie, se trouve aujourd’hui exacerbée par l’accélération permanente, la logique des opinions instantanées et la tentation de réponses simplistes.
Les élus présents ont rappelé que la confiance ne se décrète pas : elle se construit dans la proximité, la clarté et la cohérence. Trois vertus discrètes, mais décisives. Le temps long, l’écoute réelle, la capacité à décider sans céder à l’émotion du moment sont devenus des biens rares. À rebours du bruit ambiant, ils ont plaidé pour une démocratie qui assume sa lenteur, parce qu’elle prend le temps de comprendre, de débattre et de rassembler.
Dans ce paysage fragilisé, l’Église a un rôle singulier : ni arbitre moral distribuant des sanctions, ni spectatrice inquiète. Sa place est dans une parole libre, non partisane, enracinée dans la dignité humaine et le bien commun. Plusieurs interventions ont insisté sur la nécessité d’un travail patient de formation des consciences, de dialogue et de médiation. La montée des extrémismes, de droite comme de gauche, appelle une vigilance ferme : on ne répond pas à la radicalisation par des slogans, mais par du lien, de la vérité et une culture du débat qui ne réduit jamais l’autre à un camp.
À l’approche des élections municipales, cette session invite notre diocèse à renforcer un dialogue continu avec les élus : rencontres régulières, communication incarnée et formation à la doctrine sociale de l’Église. Une Église suffisamment présente pour servir, et suffisamment libre pour ne pas se laisser enrôler.
Père Loïc Le Huen
Vicaire général du Diocèse de Nantes






