Désinvestir des énergies fossiles : où en est le diocèse de Nantes, 18 mois après ?

Publié le : 21 février 2026

Désinvestir des énergies fossiles : où en est le diocèse de Nantes, 18 mois après ?

En novembre 2024, à l’occasion de la COP29, le diocèse de Nantes rendait publique sa décision de désinvestir des énergies fossiles. Dix-huit mois plus tard, où en est le diocèse ? Qu’est-ce qui a concrètement bougé ? Aussi, que nous apprend cette démarche sur ce qu’il est possible (ou pas) de faire avec son argent ?

Le service de l’écologie intégrale a pu échanger le 10 février 2026 avec Nicolas Perenchio, économe du diocèse de Nantes, pour faire le point sur cet engagement.

Ce qui a changé depuis l’engagement de novembre 2024

Pour mémoire, le diocèse s’est engagé, sur les nouveaux investissements, à ne plus injecter d’argent dans des produits qui financent les énergies fossiles. Le désengagement se fait de manière progressive et méthodique, en restant réalistes, sur un temps long, nécessaire à de tels changements.

Voici le lien vers l’article annonçant ce pas en avant : https://www.diocese44.fr/finance-et-creation-quel-est-le-lien/

Pour rappel, voici la déclaration publiée à cette occasion :

Mgr Laurent Percerou, Évêque de Nantes ; Nicolas Perenchio, Économe Diocésain ; Pénélope et Jean-Baptiste Aubourg, référents écologie intégrale pour le diocèse de Nantes, ont déclaré : « Le diocèse de Nantes, très conscient à la fois de la clameur de la Terre et la clameur des pauvres, a revu sa politique d’investissement depuis quelques années. Ayant fait le lien entre la consommation d’énergies fossiles, les dérèglements climatiques et sociaux et tout particulièrement l’impact sur les personnes les plus pauvres, nous nous engageons désormais résolument à désinvestir des énergies fossiles d’ici 5 ans. Par ce geste, nous souhaitons nous mettre en cohérence avec notre foi et également inviter chacun à se questionner sur ses finances, cela fait partie de notre chemin de conversion à tous. »

Dans sa politique d’investissement financier, établie en 2022, le diocèse s’était engagé à disposer au 31 décembre 2023 d’un niveau de placements disposant de labels reconnus ISR ou SFDR 8 et 9(1) supérieur à 20 %.

Au 31 décembre 2024, ce niveau était d’environ 26 %.

Ce premier objectif atteint, il était donc nécessaire de retravailler la politique d’investissement pour fixer un nouvel objectif plus ambitieux, tout en intégrant le désengagement sur les énergies fossiles. C’est ce qui est en cours actuellement, avec une validation prévue par la gouvernance du diocèse durant le premier semestre 2026.

Sans attendre cette validation formelle, plusieurs actions concrètes pour poursuivre l’effort ont été mises en place au cours de l’année 2025 :

  • Le diocèse a demandé à l’un de ses partenaires bancaires, qui gère un portefeuille obligataire, en titres vifs, d’environ 7 millions d’euros, d’appliquer le filtre RSE habituellement utilisé pour les fonds actions. C’est un changement discret mais significatif, rendu possible grâce à un mandat de gestion dédié.
  • La souscription de deux nouveaux fonds créés par la Société Générale : SG Actions Laudato Sì et SG Obligations Laudato Sì. C’est le premier grand réseau bancaire français à avoir développé un filtre d’investissement intégrant la doctrine sociale de l’Église. Leur méthodologie(2) de sélection a été analysée et est jugée sérieuse.
  • Des investissements ciblés dans l’économie régionale, avec un objectif d’environ 5 % du portefeuille, via des fonds de capital-investissement comme Ouest Croissance ou Sodero Gestion, qui financent des PME du Grand Ouest engagées dans la transition écologique des territoires. Parmi elles, des entreprises comme FAGUO, marque nantaise de mode écoresponsable.
  • Un nouveau fonds de capital-investissement national, centré sur l’alimentation et classé SFDR 9 (le niveau le plus exigeant de la classification européenne), est en cours de souscription.

Compte tenu de ces évolutions récentes, le niveau de placements labellisés au 31 décembre 2025 a dépassé 35 % du portefeuille.

Ce qui reste difficile

Cette démarche est un chemin exigeant, surtout pour un gros diocèse comme Nantes, et le contexte ne facilite pas la tâche.

Notre économe précise avoir constaté un changement dans le marché. En 2024 et début 2025, l’investissement vert était en vogue avec des valorisations et des flux de nouveaux capitaux en hausse. Depuis l’été 2025, la tendance s’est inversée. Les propositions se raréfient et la performance des produits verts n’est pas au rendez-vous. Certains investisseurs abandonnent le « green » pour revenir à des placements classiques. Les valorisations des entreprises vertueuses, surcotées pendant l’engouement des dernières années, se rééquilibrent.

Autrement dit, choisir d’investir de façon responsable aujourd’hui, cela coûte souvent un peu de performance. Et c’est un choix qui est assumé.

La mécanique financière est complexe. Quand on achète des parts dans un fonds commun (une SICAV, par exemple), on confie son argent à un gérant qui achète et vend des titres au quotidien. Si le prospectus(3) du fonds n’exclut pas explicitement les énergies fossiles, rien ne garantit que votre argent n’y sera pas investi un jour. C’est pourquoi le travail ne se limite pas à cocher des cases « ISR », il faut aller regarder, ligne par ligne, ce que contiennent réellement les produits dans lesquels les fonds sont investis.

Ce n’est pas noir ou blanc. Il n’existe pas de tampon magique qui rendrait un placement « 100 % vert ». Il existe des niveaux d’exigence, des méthodologies différentes, et parfois des zones grises. Un fonds peut être labellisé ISR tout en contenant des entreprises dont la stratégie environnementale mériterait d’être creusée. L’approche choisie consiste à aller au-delà de l’étiquette, en s’appuyant sur l’expertise d’un cabinet spécialisé dans l’analyse au regard de la doctrine sociale de l’Église.

Pourquoi continuer malgré tout ?

Dans Mat 7, 13-14, Jésus nous dit “Entrez par la porte étroite. Elle est grande, la porte, il est large, le chemin qui conduit à la perdition ; et ils sont nombreux, ceux qui s’y engagent. Mais elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la vie ; et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent.”

Prendre ce chemin de cohérence dans les investissements est une porte étroite. Mais si nous ne passons pas par cette porte étroite, où se trouve la cohérence entre nos actes et notre foi ?

Nous ne pouvons pas, d’un côté, porter la voix de Laudato Si’ et de l’écologie intégrale, et de l’autre, laisser notre argent financer sans discernement des activités qui contribuent au dérèglement climatique. C’est un acte de foi, traduit dans nos choix concrets.

Et cette cohérence porte ses fruits au-delà de la finance. Des chrétiens nous disent revenir à la foi par l’écologie intégrale. D’autres souhaitent flécher leur denier vers le service de l’écologie intégrale. D’autres encore, démarrent des démarches auprès de leur banque, changent de banque, se questionnent et avertissent les jeunes générations sur leurs choix futurs. Ce mouvement est réel, et il nous encourage.

Ce qui vient ensuite

La feuille de route pour les prochains mois est la suivante :

  • Rehausser les objectifs. Le diocèse vise de passer la barre des 40 % de produits labellisés dans son portefeuille, à l’horizon d’un an (début 2027). Un travail de révision de la politique financière est en cours pour fixer ce nouveau palier.
  • Poursuivre la diversification vers des produits en cohérence avec la doctrine sociale de l’Église, qu’ils soient labellisés ou non, en analysant chaque stratégie d’investissement dans le détail.
  • Tenir l’engagement initial :
    • Sur les nouveaux placements, l’objectif est d’ores et déjà atteint : plus aucun nouveau produit finançant les énergies fossiles n’entre dans le portefeuille. C’est le cas depuis la prise d’engagement.
    • Sur le portefeuille existant, moins de 10 % est aujourd’hui considéré comme « à risque », c’est-à-dire susceptible de contenir des titres liés aux énergies fossiles. L’objectif est de ramener cette exposition à zéro d’ici 2029, en retirant progressivement les produits concernés au fil de leurs échéances.

La conviction que cet objectif est atteignable est présente. Non pas parce que ce serait facile, mais parce que la méthode, les partenaires et l’expérience pour y parvenir sont présents.

Et vous ?

Cette démarche n’est pas réservée aux institutions. Nous souhaitons inviter chacun à s’engager à son niveau.

Vous travaillez dans la finance, ou vous avez des compétences dans ce domaine ?

Ici nous voulons montrer qu’avec de la méthode et de la persévérance, c’est possible de faire bouger les lignes même dans un contexte de marché difficile. La démarche est reproductible dans votre contexte. Elle repose sur une analyse rigoureuse des produits, un accompagnement spécialisé et un dialogue exigeant avec les partenaires bancaires.

Vous souhaitez initier une démarche similaire dans votre diocèse ou votre institution ?

L’expérience nantaise peut servir de base concrète : ce qui a été fait, les difficultés rencontrées, les choix effectués et la méthode appliquée. Les ressources ci-dessous permettent d’aller plus loin et de se former.

À titre personnel ?

Chacun peut interroger ses propres choix financiers : où va l’argent de mon assurance-vie ? Que finance mon épargne salariale ? Ces questions sont un premier pas concret. La lettre « Finance et Création, quel est le lien ? », partagée en octobre 2024, reste un bon point de départ.

 

Pour aller plus loin :

  • Lettre du diocèse « Finance et Création, quel est le lien ? » (octobre 2024)
  • Observatoire des fonds d’éthique chrétienne, publié chaque année par la CEF

Association « Pour une Finance Intégrale » — finance-integrale.fr


(1) Le règlement européen SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) classe les fonds en trois niveaux : Article 6 (pas d’engagement durable), Article 8 dit « vert clair » (le fonds promeut des caractéristiques environnementales ou sociales, sans en faire son objectif principal) et Article 9 dit « vert foncé » (l’investissement durable est l’objectif du fonds). Plus d’informations : comprendre les articles 6, 8 et 9 du SFDR.

(2) Un filtre DSE (doctrine sociale de l’Église) va au-delà des critères ESG classiques : il ajoute des exclusions liées à l’enseignement de l’Église (armement, contraception, recherche embryonnaire, pornographie, jeux d’argent…) et des critères positifs fondés sur la dignité humaine, le bien commun, la destination universelle des biens et le soin de la création. En France, la Conférence des évêques de France (CEF) a défini des repères éthiques pour les placements financiers et publie chaque année, avec le cabinet Amadeis, un Observatoire des fonds d’éthique chrétienne qui recense les fonds disponibles en France intégrant ces critères.

(3) Un prospectus est un document juridique et réglementaire qui décrit de manière détaillée les caractéristiques d’un produit financier (comme un fonds d’investissement ou une SICAV), notamment sa stratégie d’investissement, ses objectifs, ses risques, ses frais, et les types d’actifs dans lesquels il peut investir.

  • Première rencontre
  • Se former
  • Offrir une messe
  • Accompagnement spirituel
  • Le pardon
  • Trouver un lieu d’adoration
  • Nous rejoindre
  • Découvrir le diocèse
  • L’évêque et ses collaborateurs
  • Les paroisses
  • Les communautés religieuses
  • Les mouvements et associations
  • Les archives
  • L’annuaire du diocèse
  • Protection des mineurs
  • Actes officiels
  • Demander Le Baptême
  • Demander Le Mariage
  • Pèlerinage
  • Exorcisme
  • Certificat de baptême
  • Obsèques – Funérailles