Répondre à l’appel : le parcours d’une vierge consacrée

(Illustration : à gauche, groupe des vierges consacrées lors de leur rencontre en janvier 2026 avec Mgr Percerou et leur accompagnateur le père Leray – à droite : Christine Laroche qui sera consacrée samedi 25 avril).
Christine Laroche, 49 ans, sera consacrée par Mgr Percerou ce samedi 25 avril à 15 heures, en l’église de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu. Professeure de lettres classiques au collège public Condorcet, elle s’engage dans l’ordre des Vierges consacrées, des femmes vivant dans le monde, directement rattachées à l’évêque, au service de la prière et du diocèse.
Originaire du sud de la Vendée, 4ème d’une fratrie de cinq filles, Christine a grandi dans une famille catholique pratiquante. « Chaque soir, maman venait prier avec nous, je ne me suis jamais endormie sans faire ma prière du soir », raconte-t‑elle. Le MEJ puis le scoutisme ont progressivement structuré sa foi : « Le scoutisme m’a donné une véritable colonne vertébrale spirituelle et fraternelle, dans la relation à la création aussi. »
À 16 ans, un grave accident de voiture marque un tournant décisif. « Je me suis réveillée à l’hôpital avec le sentiment d’être dans la main de Dieu. Une voix m’a dit : “Tu n’as pas fini.” Ça m’a donné une vraie force pour me relever de cet accident. » Cette épreuve, nourrit sa réflexion sur la vie, la mort et le regard porté sur les autres. « J’ai appris à voir la beauté là où avant je ne la voyais pas. J’ai aussi été préservée en quelque sorte : pas de boîte de nuit, pas d’alcoolisation… »
Animée par une soif de sens, elle abandonne un parcours scientifique pour des études de lettres classiques. Très tôt Christine a voulu aller aux sources de la foi. « Je voulais m’assurer qu’on ne m’avait pas menti ». Les traductions bibliques, toujours porteuses d’enjeux, l’ont conduite à apprendre le grec et le latin afin de lire les Écritures dans leur langue originale. Une curiosité nourrie aussi par les homélies de prêtres faisant référence aux textes hébreux ou grecs : « Cela ouvrait les Écritures, et me donnait envie d’en savoir plus. »
Une vocation consacrée au cœur du monde
Devenue enseignante, elle découvre des réalités très diverses au fil de ses mutations avant de s’ancrer durablement à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, où elle enseigne depuis vingt ans. Le choix de l’enseignement public a été pour elle un véritable appel : « J’appartiens à la génération Jean‑Paul II. Aux JMJ de 1997, j’ai entendu cet appel à être chrétien partout. Aller dans le public, c’était radical et exigeant, mais je n’ai jamais regretté. »
Au quotidien, ce sont les élèves qui font sa joie : leur fraîcheur, leur spontanéité, leur soif d’apprendre. Respectueuse du principe de laïcité, elle vit sa foi dans la discrétion. « Je n’ai pas le droit de dire que je suis catholique, mais j’ai toute liberté de le vivre. Mon premier témoignage, c’est d’aimer les élèves qui me sont confiés. » Et de les porter dans la prière, face à des détresses auxquelles elle sait ne pas pouvoir humainement répondre.
« Vivre ce que j’ai dans le cœur »
Longtemps, Christine a cherché sa vocation, et le chemin a parfois été éprouvant. « Ce qui m’a toujours conduite, c’est d’avoir conscience de la grandeur de la chasteté. Ma mère m’a toujours appris à respecter mon corps comme le temple de l’Esprit Saint. Et quelle richesse de grandir avec cette conviction, je savais que mon corps, je ne le donnerai pas en dehors du sacrement du mariage ou dans une vocation religieuse ou consacrée ». Elle avance donc dans le célibat, sans certitude définitive, mais trouve un appui décisif dans la figure de sainte Thérèse de l’Enfant‑Jésus. « Elle ne pouvait devenir carmélite aussi vite qu’elle l’aurait souhaité, alors elle a choisi de vivre sa vocation là où elle était, sans attendre. J’ai fait la même chose : vivre ce que j’avais dans le cœur, et voir où cela me mènerait. Il arrive un moment où il faut cesser de se torturer et faire confiance, j’ai choisi de vivre ce célibat avec Dieu. »
« Je ne pouvais plus f
aire comme si Dieu ne m’appelait pas »
Il y a trois ans, elle reçoit un appel inattendu, lors d’une messe de semaine pour la fête de la Vie consacrée. Une parole intérieure – « Et si c’était ta place ? » – fait alors écho à des intuitions anciennes et déclenche une profonde relecture de sa vie. Une retraite à Tressaint l’été suivant confirme cet appel « Je ne pouvais plus faire comme si Dieu ne m’appelait pas. » S’ensuit un discernement progressif, mené dans la paix : échanges avec son curé, son accompagnateur spirituel, rencontre avec le père Leray (délégué diocésain à la Vie consacrée) et constitution d’une équipe de discernement représentative de toutes les dimensions de sa vie. Après deux années de cheminement, elle est officiellement appelée par l’évêque en janvier dernier.
Depuis l’annonce de sa consécration, son quotidien se transforme. « Au départ, on m’a demandé de n’en parler qu’à peu de personnes, pour préserver ma liberté. Puis est venu le temps de l’annoncer. Et là, j’ai découvert que c’était profondément missionnaire. » Les échanges se font en vérité, suscitent questions, émerveillement et confidences. « On me confie des intentions de prière, que j’ai une immense joie à porter devant le Seigneur. »
Quant à sa vie après la consécration, Christine l’envisage dans la continuité : « Ça ne change rien et, en même temps, ça change tout. Il y a un côté très continuum qui me convient pleinement et qui correspond à la délicatesse et la douceur de Dieu. J’apporte le Christ dans tous les domaines de ma vie et à la mesure de ce qui peut être donné, mais dans tous les cas, que ce soit dit ou que ce soit tu, le lien est créé. » Toujours enseignante et engagée dans la société, elle sent sa vie intérieure intensifiée. « La liturgie des heures a transformé ma prière. Les psaumes me régénèrent. » Une vie donnée, dans la douceur et la fidélité du quotidien : « C’est simplement la vie avec Dieu ! »
Propos recueillis par Isabelle Nagard
- Pour aller plus loin :
écouter l’interview complète dans « Vie fraternelle et solidaire »
ce jeudi à 14h30, sur radio Fidélité.


