À Bouvron, réfléchir ensemble à la fin de vie

Près de 400 personnes engagées dans la pastorale de la santé se sont retrouvées à Bouvron pour une journée diocésaine placée sous le signe de la rencontre et du discernement. Bénévoles, soignants, aumôniers et responsables pastoraux ont partagé leurs expériences et leurs questionnements, dans un contexte marqué par les débats législatifs sur la fin de vie.
Le temps fort de la journée a pris la forme d’une table ronde intitulée « Loi fin de vie : enjeux et défis dans l’accompagnement ». Quatre intervenants — Mgr d’Ornellas, archevêque de Rennes, expert en bioéthique ; Béatrice Nicolas, infirmière en pratique avancée en établissement psychiatrique EPSYLAN, Caroline Jeronimo infirmière en soin palliatifs à la Maison de Nicodème et Rodolphe Mocquet, cadre supérieur de santé directeur de Compas (association au service du déploiement de la démarche palliative° — ont croisé leurs regards, tous enracinés dans l’expérience concrète des personnes fragiles.
La force des rencontres
En ouverture, chacun a évoqué ce qui nourrit son engagement. Tous ont souligné la richesse des rencontres humaines, en particulier avec les plus vulnérables. Pour Mgr d’Ornellas, la joie naît de ces personnes « limpides » dont le témoignage touche au cœur. Béatrice Nicolas a insisté sur la singularité de chaque accompagnement en santé mentale, tandis que Caroline Jeronimo rappelait combien les plus fragiles sont aussi des maîtres de vie. Rodolphe Mocquet a, lui, mis en avant la nécessité d’agir ensemble : « mêler les énergies » pour accompagner au mieux.
Soins palliatifs : une reconnaissance à consolider
Les échanges ont ensuite abordé les projets de loi sur la fin de vie, suscitant des réactions nuancées. Tous saluent une meilleure mise en lumière des soins palliatifs. Mais les inquiétudes demeurent. Sur le terrain, les besoins restent largement supérieurs aux moyens disponibles. Les demandes d’aide à mourir révèlent souvent une accumulation de souffrances : isolement, douleur, angoisse. Les professionnels expriment aussi leur trouble face à des débats qui les impliquent directement. « Cette loi questionne chaque soignant », note Rodolphe Mocquet, avec le risque de fragiliser les équipes. Béatrice Nicolas alerte notamment sur les enjeux en santé mentale : « nous ne sommes pas prêts. Comment entrer dans une démarche d’accompagnement à l’euthanasie quand depuis 35 ans je suis engagée dans la prévention du suicide ? »
Mgr d’Ornellas souligne quant à lui le contraste entre deux approches : « parler des soins palliatifs apaise, parler de l’euthanasie divise ». Il appelle à retrouver un chemin de réflexion marqué par la sérénité.
L’éthique, un espace pour discerner
Le témoignage du comité d’éthique du CH EPSYLAN a éclairé concrètement ces tensions. Non prescriptif, ce lieu de réflexion permet aux équipes de prendre du recul face à des situations complexes. Fondé sur des principes comme la bienveillance ou la justice, il n’apporte pas de réponses toutes faites, mais aide à rouvrir des chemins de discernement. « On sort d’une impasse, même sans solution immédiate », résume Béatrice Nicolas.
Accompagner jusqu’au bout : l’exemple de la Maison Nicodème
La Maison Nicodème, en Loire-Atlantique, incarne une autre manière d’accompagner la fin de vie. Lieu de soins à part entière « sans pourtant ressembler à un hôpital », elle offre un cadre ouvert, humain et apaisant. Au-delà des soins médicaux, la vie y est pleinement présente : moments partagés, attentions simples, accompagnement des proches. Qu’il s’agisse de séjours de répit, de soins palliatifs précoces ou de fin de vie, l’objectif demeure le même : permettre à chacun de vivre pleinement jusqu’au bout.
Un défi collectif pour la société
Les intervenants ont souligné les fragilités du système actuel, notamment le manque de structures et la difficulté à accompagner à domicile. Dans ce contexte, certains redoutent que l’euthanasie devienne une solution par défaut.
Tous insistent sur un point essentiel : l’accompagnement ne peut être qu’un engagement collectif. Les décisions les plus graves appellent discernement, dialogue et responsabilité partagée.
Un appel à la dignité et à la fraternité
Dans l’après-midi, Mgr d’Ornellas a proposé une relecture plus large, rappelant que toute réflexion bioéthique repose sur la dignité inaliénable de la personne humaine, à toutes les étapes de son existence. Il a invité chacun à rester attentif à la relation, au-delà de la seule technique, et à faire grandir une société du non-abandon. « Les personnes vulnérables attendent que nous leur disions : tu as du prix à nos yeux », a-t-il souligné. Saluant l’engagement des participants comme celui d’une « véritable armée de charité », il les a encouragés à poursuivre leur mission avec fidélité et espérance.
Dans un débat souvent clivant, cette journée aura permis de prendre du recul, d’écouter et de chercher ensemble un chemin profondément humain : rester, jusqu’au bout, des compagnons de vie.
Isabelle Nagard
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