Aidants…pour un monde de proches aimants

Dans le préambule de sa constitution, l’Organisation Mondiale de la Santé rappelle que : « La santé ne consiste pas uniquement en une absence de maladie, ni d’infirmité. La santé est un état complet de bien-être physique, mental et social. »
La santé nous relie les uns aux autres dans une interdépendance. A tout âge, de la gestation, en passant par toutes les étapes de l’existence, et ce jusqu’au terme naturel de la vie, nous sommes tous interdépendants. Toute vie humaine s’accomplit dans des relations sociales, de l’interaction, une co-construction, y compris dans les menus services du quotidien.
Les proches aidants en savent quelque chose, de cette interdépendance ! Leur relation familiale et personnelle évoluent et se façonnent avec la survenue de la maladie, le grand âge, le handicap ou diverses autres formes de dépendance ; l’entourage est à bord de la barque, et fait face avec la personne concernée, aux imprévus de la vie.
En France nous comptabilisons onze millions « d’invisibles », qui sont des proches aidants. Parfois les stéréotypes nous donnent à penser que les proches aidants ont un profil, un âge. Ce n’est pas tout à fait vrai, la dépendance arrive sans crier gare, et les proches, devenus aidants, gardent malgré tout leur identité physique, mentale, sociale et spirituelle.
Il n’est sans doute pas aisé de se reconnaître aidant. Il faut du temps, parfois beaucoup de temps. La relation personnelle entre les personnes (aidé – aidant), s’inscrit dans une longue histoire de famille, de couple, de vécu partagé. Et soudain, l’idéal d’une vie, les rêves et les projets viennent se briser contre une réalité concrète, totalement imprévue. Des joies, des peines, des révoltes et craintes, de l’espoir et du découragement s’inscrivent durablement dans l’histoire de l’un à l’autre et de l’un avec l’autre.
« Les aidants ne sont ni des héros, ni des victimes. Ne les enfermons pas dans une image qu’il leur sera impossible de dépasser. Respectons la volonté de chacun. Aidons ceux qui le souhaitent assumer ce rôle, en leur fournissant les moyens de le faire correctement, sans que cela leur porte préjudice… »
Docteur Hélène Rossinot, médecin spécialiste de santé publique et médecine sociale, extrait de « Aidants, ces invisibles » aux éditions de L’Observatoire.Le 20 juin 2025 l’Agence Régionale de la santé (ARS) des Pays-de-la-Loire publie sur son site web :
« 90% des français souhaitent vivre le plus longtemps possible à leur domicile. Le maintien à domicile constitue un véritable enjeu …»L’enjeu est de taille : permettre le maintien à domicile et soutenir l’entourage dans ce choix de vie.
En ce mois de février composé du dimanche de la santé et de la journée mondiale des malades, il nous parait essentiel de rendre hommage à toutes les personnes qui accompagnent un proche dont la santé est altérée par la maladie, le handicap, le grand âge, la dépendance, sous toutes ses formes.
« Il faut beaucoup de force pour se dire qu’une mise à distance s’impose et pour la mettre en œuvre en demandant de l’aide. La parole de l’Evangile s’impose avec force : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu » (Mc 6,31). Se poser demande d’arrêter la succession des tâches pour densifier le temps. Inscrire notre présent (envahi) dans une histoire et une promesse, pour mieux saisir le sens de ce que nous avons à vivre. D’une certaine manière s’arrêter est un droit, que personne ne m’accordera si je ne me l’accorde pas ! …»
Père Jean-Marie Onfray, ancien responsable national de la pastorale de la santé (Conférence des Evêques de France, extrait de « Celui que tu aimes est malade » aux éditions Salvator« S’arrêter est un droit » : cette invitation au repos et à se mettre à l’écart du quotidien, à prendre un temps de répit (même court) contribue à prévenir l’épuisement, le burn-out, la rupture sociale et ecclésiale…
Pour s’accorder ce temps de repos, nul doute qu’il faut de l’aide. Il faut des « bons samaritains » qui veillent et agissent : être là avec finesse et discrétion, savoir écouter les besoins, souhaits et rêves de l’aidant. Alors l’interdépendance se manifeste, elle se met à l’œuvre : confier son proche à d’autres en leur faisant confiance, et s’autoriser du temps à soi, sans culpabiliser. Ce n’est pas simple mais sans doute est-ce possible.
*François Pépin, diacre permanent, médecin addictologue en Vendée, engagé au sein du mouvement « Les Pèlerins de l’Eau Vive » qui accompagne les personnes dépendantes de l’alcool et leurs familles dit « que le malade (ou la personne aidée) s’en sortira mieux avec un proche aimant… » * Revue Famille Chrétienne de fév 2024
Ce terme de proche aimant renvoie avec force à la santé relationnelle, sociale et ecclésiale qui est constitutive de notre bien-être et de notre interdépendance. Dans nos quartiers, nos communautés paroissiales, il est bon de veiller aux personnes que l’on ne voit plus… Un proche aidant ne se libère plus comme avant. L’organisation des soins à domicile ou les rendez-vous à l’hôpital et en maison spécialisée contraignent et modifient le quotidien. Alors, si cette veille communautaire s’établit, naîtra discrètement un réseau de proches aimants, les uns pour les autres, les uns avec les autres.
« Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu » Marc 6, 31 Voici une invitation à saisir. Ecouter la sagesse de la Parole de Dieu, savoir se mettre à l’écart en puisant à la vraie source pour s’appuyer sur Lui et sur ceux qu’il met sur le chemin. Par Amour, Jésus se fait proche aimant de chacun. Il est par excellence le proche aimant de toute l’humanité.
Joanne Fulton,
Déléguée épiscopale à la santé.


