La joie d’aimer en vérité

Vendredi 20 mars 2026, à la maison diocésaine Saint-Clair, les soirées de Carême proposées par la pastorale des familles à l’occasion du 10ème anniversaire d’Amoris Laetitia se sont poursuivies avec Marie-Dominique Trébuchet, professeur de théologie morale fondamentale, notamment au séminaire de Nantes, mariée, mère, grand-mère, directrice IER Paris.
Notre conférencière nous invite à une méditation d’un verset de st Paul, en 1Co13, 6 « l’amour ne se réjouit pas de ce qui est injuste, l’amour trouve sa joie dans ce qui est vrai ».
Ce verset est d’emblée une évidence, une phrase positive ; en effet, tous nous pouvons faire et nous avons fait l’expérience d’un amour faux et dénaturé ; et à l’inverse vivre un amour confiant nous apporte la joie et le bonheur. Nous savons instinctivement que l’Amour comme principe de nos micros et macros relations est une force de bien, qui pousse à l’engagement envers l’autre et qui pousse au bien envers le « nous tous »
En quatre marches, ou quatre mots, nous contemplons toutes les sphères de l’amour dans notre existence : amour, justice, vérité, joie
Marche 1 L’Amour
L’amour dans nos vies apporte du bonheur, il fait souffrir aussi, parfois même il fait violence. Si l’amour est un sentiment qui pousse vers l’autre, il est aussi volonté de faire le bien, de valoriser l’autre. Si l’amour n’est que sentiment, il devient désir et manque sa fin qui est l’autre. L’amour passion est beau s’il consent à être amour don ; à apprécier l’immense valeur de l’autre, à vouloir le bien de l’autre. En ceci, l’amour est aussi de la morale car le vouloir humain y est sollicité, et pas seulement le sentiment. L’amour est par définition lié à la relation, lieu où mon identité personnelle croît dans et par les relations. De l’autre, je reçois un accroissement d’être.
Marche 2 La Justice
L’amour s’oppose à toute forme d’injustice envers l’autre. Cela vaut partout, tout le temps et dans toute ma vie : je dois constamment lutter contre le désir de faire de l’autre un « moi » ; et c’est là, je le sais bien, le travail de toute une vie. L’amour justice, c’est donner à l’autre ce qui lui revient en raison de son être et de son agir, c’est donner à l’autre ce qui est sien : respect, valorisation, reconnaissance, singularité ; et renoncer à manipuler, déprécier et nier. Cette reconnaissance crée une réciprocité et dans le couple et dans la société : je suis reconnue si je reconnais. Il s’agit de « s’approuver mutuellement d’exister » selon la formule de Ricoeur.
Marche 3 La Vérité
Notre société repose sur la vérité scientifique, mais cette vérité n’est pas le tout de la vérité. Penser la vérité de l’être dépasse le cadre scientifique. Les diagnostics, les maladies, les cellules, ne disent pas le tout de la personne aimée. Notre vérité entière, c’est la reconnaissance du projet que Dieu a sur moi, c’est m’humaniser, c’est me déployer, c’est appliquer partout et toujours la logique de l’évangile, celle du don. Aimer en vérité nous humanise, nous fait passer de la mort à la vie dans tous les actes de nos vies dès lors qu’ils reconnaissent l’autre.
Marche 4 La Joie
La joie est un critère de discernement éthique. Ressentir la joie avec et pour l’autre est un indice de cohérence entre amour et justice, entre amour et vérité. Cet amour de bien et de joie est précisément la réponse à notre finitude et à nos errements. La joie n’est pas du plaisir, pas seulement ; la joie n’est pas un désir assouvi, pas seulement ; elle est en moi le témoin d’une adéquation de mes actes sur les différents lieux de mon existence. La joie est une trace de la présence de Dieu dans nos relations.
Mathilde Bellanger Finot
- Prochaine conférence ce vendredi 27 mars 2026 «La spiritualité conjugale : embrasser ensemble la joie et la croix. » par M. Bertrand Dumas, théologien enseignant à la Faculté de théologie catholique de l’Université de Strasbourg. Détails et lien.


