Une conférence de Carême pour regarder la famille en vérité.

Vendredi soir, à la Maison diocésaine Saint-Clair, le Carême a commencé… par un constat lucide. Pas de « famille idéale » en vitrine. Mgr Benoît Bertrand (évêque de Pontoise depuis 2024, vice-président de la Conférence des évêques de France depuis le 1er juillet 2025) a inauguré le cycle « Familles et société : le défi de l’amour », porté par la Pastorale des familles, dans le sillage des dix ans d’Amoris laetitia (19 mars 2016).  

D’emblée, Mgr Bertrand a rappelé que la famille est une expérience universelle, traversée de joies et de blessures. Et que, sur ce sujet, tout le monde est « spécialiste », au moins de sa propre histoire. Le constat qu’il pose, tout en réalisme, s’appuie sur quelques repères nationaux récents : en 2025, la France comptait 645 000 naissances pour 651 000 décès, avec un solde naturel négatif (une première depuis l’après-guerre). La fécondité poursuit sa baisse à 1,56 enfant par femme, tandis que l’espérance de vie s’établit à 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes.
Le cœur de la conférence a opéré un déplacement très net : après les chiffres, les fragilités, les « formes » contemporaines de la famille, Mgr Benoît Bertrand a ramené l’assemblée à la « source ». Car, au fond, si l’on veut parler d’amour sans finir dans le commentaire sociologique ou la morale au marteau, il faut d’abord écouter ce que la Révélation ose dire de Dieu lui-même : « Dieu est amour » (1 Jn 4,16).
De là, l’évêque a fait entendre le testament spirituel de Jésus : « Mon commandement, le voici : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15,12). Le mot important n’est pas seulement « aimez-vous », qui pourrait rester un vœu pieux, mais « comme », qui oblige à regarder à la manière de Jésus : un amour qui se donne, qui prend le risque de l’autre, et qui préfère le fruit au prestige.
C’est dans cette lumière que Amoris laetitia a été relue, non comme un manuel de « bonne conduite familiale », mais comme un texte de grande précision spirituelle et pastorale, né d’un long discernement ecclésial et voulu résolument réaliste. Le chapitre 4, en particulier, médite l’hymne à la charité (1 Co 13) en le dépliant mot à mot, comme on ouvre patiemment un vitrail pour laisser passer la lumière, plutôt que comme on brandit une banderole. Il y est question de patience et de service, de joie dans la vérité, de maîtrise de la vanité et de l’égoïsme, mais aussi du monde intérieur des émotions, des tensions, des fragilités, et de la dimension corporelle de l’amour conjugal traitée sans pruderie, sans cynisme, avec sérieux.
Enfin, revenant à la Genèse, Mgr Bertrand a déployé une anthropologie de la relation : l’être humain est créé « à l’image », appelé à la communion, à l’altérité, au don. De là, des conséquences pastorales très concrètes : consentir à la différence, réconcilier foi et corps, comprendre le mariage sacramentel comme signe réel de l’alliance du Christ et de l’Église, tenir ensemble loi et miséricorde, et former à une responsabilité adulte.
P. Loïc Le Huen,
Vicaire général du diocèse de Nantes.
  • Prochaine conférence ce vendredi 6 mars « L’amour est-il désintéressé ? » par Monsieur Denis Moreau, professeur d’histoire de la philosophie moderne et de philosophie de la religion à l’université de Nantes. Détails. 
https://www.youtube.com/live/9vBwoEyX1Z4?si=v5vBGAmB9VmBlG-_
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